Interview / Anicet Mègnigbèto : « Un livre est un processus long, éprouvant, mais passionnant »

Interview / Anicet Mègnigbèto : « Un livre est un processus long, éprouvant, mais passionnant »

La  rubrique « Grande interview » de votre site, s’est intéressée  cette semaine, à l’édition du livre au Bénin. Pour cela,  elle est allée  à la rencontre  du directeur technique des éditions « Plumes Soleil » du Bénin, M. Anicet Mègnigbèto.  Celui- ci, à bâtons rompus, a  abordé le sujet.  

Lisez l’entretien.


Beninlivres : Les consommateurs du livre achètent et lisent les ouvrages sans savoir le processus que suit un manuscrit pour donner un livre. Expliquez-nous.

Anicet MEGNIGBETO : Un livre que vous avez entre les mains fait l’objet d’un processus assez long, éprouvant, mais surtout passionnant. En effet, il a fallu un être assez inspiré pour s’asseoir, faire le point de son inspiration, ordonner ses idées pour présenter une œuvre d’imagination (roman, nouvelles, conte, théâtre), une œuvre de réflexion (Essai de toutes sortes) ou une œuvre métaphysique (poésie).

Ce n’est qu’après ce travail personnel ou collectif que l’éditeur intervient dans la chaîne. Il reçoit le manuscrit par le biais d’un Secrétaire d’édition qui le parcourt, en discute du contenu probable à son supérieur hiérarchique qui décide ou pas de le confier à un comité de lecture.

Le comité de lecture veille surtout à la correction linguistique, à la cohérence scientifique, et au respect des normes du genre choisi. Il produit ensuite un rapport de lecture qu’il soumet à l’éditeur qui fait appel ensuite à l’auteur. De la conclusion du rapport, dépend la suite du processus.

Si l’ouvrage est publiable, il y a maintenant lieu de choisir un format et de produire une maquette. La maquette, c’est un exemplaire unique du livre pour permettre à chaque maillon de la chaîne d’apprécier l’image illustrative choisie par le maquettiste, le respect de la correction linguistique et d’éventuels rectificatifs à faire. C’est sur cette maquette corrigé que l’auteur signe un BAT, un Bon A Tirer. La version numérique entre maintenant à l’imprimerie ou tout un autre processus entre en jeu : impression sur calque, photogravure, multiplication à partir des calques, assemblage, emboitage, rognage… Le livre ainsi obtenu peut être enfin mis dans un circuit de distribution qui relève d’un autre monde.

 Quel est  alors le rôle d’un éditeur ?

L’éditeur, est donc celui-là qui veille aux qualités, technique, littéraire, esthétique d’une œuvre, ainsi qu’à sa rentabilité. En tant que tel, l’éditeur est un acteur social important parce que garant de la sauvegarde du patrimoine culturel national.

Parlez – nous de ce secteur dans votre pays, le Bénin.

L’édition au Bénin se fait de trois manières. Il y a ce que l’on appelle, l’édition à compte d’éditeur où l’éditeur gage sur le produit et prend tout en charge : des émoluments du comité de lecture jusqu’à la distribution en passant par l’impression. Il propose à cet effet un contrat à l’auteur avec un pourcentage raisonnable par livre vendu.

Ensuite il y a ce que l’on appelle l’édition à compte d’auteur. Cela ne se fait pas souvent. Un auteur, devrait toujours attendre une réponse positive d’un éditeur avant d’avoir un ouvrage sur le marché. 

Il y a enfin une possibilité où l’éditeur sollicite une participation de l’auteur compte tenu de ses moyens limités. Le contrat détermine également dans ce cas, le partage des bénéfices. Mais je dois avouer que ce n’est pas parce qu’un ouvrage est rejeté par un éditeur qu’il est mauvais. Tout le monde ne sait pas juger, tout le monde n’a pas le profil requis pour déceler en un ouvrage, toutes les richesses littéraires possibles. J’en veux pour preuve, le célèbre roman Les Soleils des indépendances d’Ahmadou Kourouma, longtemps rejeté par les Français, accepté par les Canadiens avant d’être réédité en France. 

 Depuis quelques années, nous constatons, notamment dans les pays africains que beaucoup d’imprimeurs s’érigent en éditeurs. On note une floraison d’imprimeries transformées en maisons d’édition.  Comment expliquez- nous cet état de chose ?

 (Il sourit). Il n’y a même rien à expliquer, c’est une ignorance suicidaire, due à la légèreté des gouvernants. Une imprimerie reste une imprimerie, une édition, une édition. J’ai expliqué tout à l’heure tout le travail éditorial à exécuter avant l’impression. Cela suppose que le travail de l’imprimeur ne peut jamais être celui d’un éditeur. Les deux se complètent certes, mais ils ne sauraient se substituer l’un à l’autre.

Est- ce pour cette situation regrettable que certains  auteurs préfèrent se faire éditer a l’étranger ?   

Malheureusement beaucoup de nos compatriotes continuent de se faire éditer à l’extérieur. Je ne veux pas évoquer ici le cas de ceux-là de la trempe de Florent Couao-Zotti qui ont des contrats d’édition à compte d’éditeur avec de grandes maisons françaises ou européennes. C’est au contraire un honneur pour nous.

Mais il y en  a qui vont à l’extérieur pour faire du compte d’auteur. Résultat, les livres reviennent au Bénin très chers, hors de la portée du Béninois moyen. Il faut dire que pour beaucoup, la reconnaissance internationale passe par là. Mais je puis assurer que ce n’est pas toujours vérifier.

Les avantages à éditer au plan local sont énormes. Même si nous reconnaissons que nos imprimeurs sont sous-équipés, nous devons avouer qu’ils font un travail remarquable lorsqu’on les suit, en leur imposant les normes. Ensuite, le coût est toujours relativement moins cher, puisqu’il n’y a pas de frais de convoyage à facturer. Enfin, cela permet aux Béninois de connaître leurs auteurs puisqu’ils ont la possibilité de prendre leur chef-d’œuvre.

 Comme dans  les autres secteurs  de l’environnement culturel,  la piraterie sévit également dans celui du livre.  Dans les rues   coulent à flot des ouvrages falsifiés.  Quelles sont les mesures de  Plumes Soleil pour combattre cela ?

C’est un véritable problème, la piraterie. Nous nous la combattons déjà en réduisant les coûts de nos libres. Nos livres sont généralement entre 1000 f et 2000fcfa. Nous avons à cet effet un partenariat avec Laha Editions où nos manuels scolaires, même de 400 pages ne dépassent pas 2000 FCFA. Quand on sait que dans le même temps, des manuels de Mathématique et de physique sont vendus entre 5.000 et 10.000 FCFA, vous comprenez bien que nous autre combattons le mal par la racine. Même quand vous photocopiez un ouvrage de 400 pages, vous ne payerez pas moins de 4.000 FCFA avec reliure. Mais nous, nous l’offrons à moitié prix. Vous voyez Madame qu’en la matière, nous faisons beaucoup. Nous devons saluer à cet effet notre partenaire qui joue le rôle que l’Etat devrait jouer. Les manuels scolaires devaient être accompagnés par le ministère de l’enseignement, ce qui malheureusement n’est pas le cas.

Sur quel critère fixe-t-on le prix d’un livre ? Entre l’éditeur  et l’auteur, à qui revient cette responsabilité ?

Le prix du livre dépend du type de contrat. C’est l’éditeur qui le fait si c’est lui qui sort ses sous, l’auteur le fait dans le cas contraire. Mais de toute façon, c’est de manière concertée que le prix d’un livre est fixé, pour non seulement rendre le livre rentable, mais permettre au public moyen de s’en procurer.

 Réalisation : Akouavi Inès MISSAINHOUN 

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