Adaptation de Un piège sans fin: Gédéon V. Ahéhéhinnou parle des coulisses du projet

Adaptation  de Un piège sans fin: Gédéon V. Ahéhéhinnou parle des coulisses du projet
Gédéon V. Ahéhéhinnou

Gédéon Vivien  Ahéhéhinnou est un comédien, scénariste béninois. En 2005, il a eu  du doyen Olympe Bhêly Quenum l’autorisation d’adapter son roman Un piège sans fin. Radio Beninlivres est allé à la rencontre du jeune cinéaste. Dans un entretien qu’il nous a accordé, volontiers, il nous présente les coulisses de ce projet.  La démarche de l’équipe de la 100% littérature s’inscrit dans le cadre de la célébration des noces de diamant du livre.

Interview

Un Piège sans fin, vous connaissez  bien  le roman, vous l’avez – lu sans aucun doute. Veuillez partager avec nos internautes ce que vous gardez de ce  livre.

La suite après la pub

Un piège sans fin est une mine insaisissable. Plus vous le lisez plus vous découvrez les éléments de significations les uns aussi contradictoires que les autres.   Il s’agit d’une anthologie classique qui nous révèle notre relation à l’existence. La prédation dont nous sommes l’objet au quotidien de la par de la vie. L’homme est ainsi une victime installée dans la jungle d’une peur permanente dont il ne peut sortir qu’au travers de la mort.

A titre illustratif retenons un passage du roman à la page 62 : « Elle me parlait de la vie : Elle [Mariétou] « Une série d’absurdités sans nom », « un désert de pourritures où les hommes se vouent à des choses futiles et vaines sur lesquelles ils fondent leurs espoirs. Voilà. Mais, il faudrait pourtant mon petit Ahouna, s’acharner à ces riens  si l’on veut vivre et se sentir vivre. Tout est lié à des choses terriblement vaines ».

Par extrapolation je tire conclusion qu’il n’y a donc de paix possible en ce bas monde.

Cette année, le roman boucle 60 ans de parution. Vous, vous avez eu le privilège d’avoir l’accord d’Olympe Bhêly Quenum, son auteur, pour adapter le livre au cinéma. Parlez – nous de comment est née cette idée.

L’idée de l’adaptation au cinéma du roman est née en 2005, après son adaptation au théâtre.  Donc le premier travail d’adaptation fait sur le roman est théâtral sous le titre de : ZOUNMIN en 2003. Cette pièce a été jouée par la troupe théâtrale du CEG 1 Bertrand DAGNON de Ouidah sur le Festival KALETAS 2004. Le succès que cela nous avait donné et les félicitations obtenues, en plus de la passion que nous avons pour le théâtre  a conduit un ami frère Armel Moreira  à me conseiller  d’aller voir le  Réalisateur Jean ODOUTAN, qui organise à Ouidah un le festival  de film nommé QUINTESSENCE. C’est sur les conseils de celui – ci que je me suis rendu dans les locaux de QUINTESSENCE où je me suis inscrit dans l’atelier écriture de scénario qui était dirigé par Emilie Deuleuze. C’est à la fin de la seconde édition du festival et durant les vacances, que  je me suis mis à appliquer les connaissances acquises durant l’atelier et j’ai commencé à faire le travail d’adaptation avec mon professeur Luc Atikpa.  Nous l’avons intitulé Le Pilorié, en respect au titre du manuscrit du livre.    

Votre rencontre avec le Patriarche et le oui favorable qu’il a donné à  votre requêt,  veuillez nous raconter le film de l’accord du patriarche.

Après avoir apprécié le projet que j’avais entrepris sur Un piège sans fin, Clovis Agbahoungba   que j’ai rencontré au moment du tournage de sa série « ALLO ! COUSIN » chez Martine de SOUZA de APEF ONG, m’a indiqué que je ne pouvais pas faire un tel travail sans l’aval de l’auteur. Donc, c’est sur ses conseils que j’ai décidé de chercher le doyen et lui écrire pour avoir son autorisation.

Grâce à la magie de l’internet, j’ai pu communiquer avec le doyen jusqu’à ce qu’il me donne son autorisation, bien sûr après lecture du scénario que je lui avais envoyé.

Evidemment, la première autorisation n’était pas signée, je suis retourné vers lui pour qu’il me la signe, ce qu’il a fait sans hésiter. Le doyen a répondu favorablement à toutes mes demandes, c’était un honneur pour moi.

Pour lui, c’était une joie de savoir qu’un jeune de Ouidah s’intéresse à son roman au point de vouloir en faire un film. Olympe Bhêly Quenum ne nous a jamais marchandé sa disponibilité pour que notre projet aboutisse.

est – ce qu’on en est avec le projet ?

Aujourd’hui, nous pouvons dire que le scénario est écrit et existe sous forme de continuité dialoguée, le synopsis aussi. Au pays, toutes nos démarches  pour que le projet prenne corps sont restées infructueuses ; quand bien même nos interlocuteurs  reconnaissent la pertinence du projet. Les raisons jusqu’à maintenant nous sont inconnues.

Nous avions eu à rencontrer deux Directeurs de la Cinématographie de notre pays. Sans aucune suite. Le tout dernier était M. Dorothée Dognon ; il nous a simplement découragé. Il n’a eu la suffisance que de nous exhiber son diplôme de Doctorat d’acteur de cinéma obtenu en Chine.

Bon ! Depuis cette malheureuse rencontre nous avons décidé de travailler en solo et de ne plus importuner qui que ce soit. Actuellement, nous sommes en contact avec un Producteur. Mais vous savez avant d’avoir l’accord définitif de ces maisons, c’est un autre travail, il ne suffit pas de venir avec un scénario et une note d’intention. Nous devons faire des repérages, envoyer des photos ;  écrire le story-board etc…

Ce qui nous retarde dans ce travail est le manque de moyen, la disponibilité. Entre la course à la survie et les nombreuses charges que nous avons aujourd’hui, nous essayons de faire de notre mieux, mais cela prend de temps. Je pensais faire une descente dans le Nord pour  faire des  repérages mais avec la pandémie du Covid 19, nous avons reporté ce volet du projet. Après ce vent de crise sanitaire, nous allons exécuter cette activité.  Rien ne nous décourage.

Quel message avez – vous à l’endroit du Patriarche qui fête cette année ses 94 ans de vie ?

Nous lui souhaitons par anticipation  un joyeux anniversaire ; nous prions pour qu’il soit vite centenaire, c’est pour bientôt six  ans, cela passe vite. Que, par la grâce de Dieu, il puisse assister, comme il en a toujours rêvé, à l’adaptation cinématographique de son chef d’œuvre, Un piège sans fin.  

Nous le félicitons pour tout ce qu’il a fait pour le rayonnement de la littérature béninoise de par le monde. Puisse- t-il toujours se maintenir en forme et qu’autour de lui se crée un creuset au sein duquel il serait l’acteur principal d’un dialogue inter – générationnel qui prend en compte les préoccupations des jeunes écrivains qui ont besoin d’orientation pour écrire des œuvres à caractère universel ayant la même audience qu’Un piège sans fin et qui s’enracine profondément dans la culture du terroir.  

Réalisation : Esckil AGBO, ©BENINLIVRES,  mai 2020