Bénin / Hommage à OBQ : Didier Nassègandé : « Qu’a-t-il vécu Olympe, pour en arriver à écrire un tel roman ? »

Bénin / Hommage à OBQ : Didier Nassègandé : « Qu’a-t-il vécu Olympe, pour en arriver à écrire un tel roman ? »
Didier S. Nassègandé

Les hommages au célèbre Ecrivain béninois, Olympe Bhêly Quenum – (OBQ), dans le cadre des noces de diamant de son roman Un piège sans fin,  se poursuivent sur radio Beninlivres. Didier Sèdoha Nassègandé, Metteur en scène et comédien retrace à nos internautes sa rencontre, avec l’ouvrage.

Lisez  

Quand j’ai eu votre invitation à témoigner sur l’œuvre du patriarche, j’ai couru me ressaisir de l’œuvre pour revoir la photo énigme à la page de couverture. Je vous promets, j’ai été vite happé par mes vieux violents souvenirs de ce labyrinthe sans fin ; et ma question demeure : Qu’a-t-il vécu Olympe, pour en arriver à écrire un tel roman ? Car pour moi s’il est admis qu’une œuvre est une fiction, il est tout aussi envisageable qu’il soit la restitution d’un certains vécu vécus ou et parfois inventés de l’imaginaire de son auteur. En tout état de cause, un auteur pourrait apparaître dans les personnages qu’il invente.

La suite après la pub

La rencontre

Alors qu’il m’attendait en programme d’enseignement en classe de 1ère, c’est déjà  en classe de 4ème que j’ai été en contact avec Un piège sans fin d’OLYMPE BHELY QUEUNUM. Ce moment était le bon. Je lisais déjà beaucoup et ma passion de belles lettres devenaient maladives et il me fallait à tout instant lire, pas seulement lire, mais pénétrer l’écriture ; la décrypter : nous jouions aux hommes de lettres avec binocles posés sur le nez (sourires). Jamais une œuvre ne m’a autant bouleversé par la poétique à la fois violente et décapant.  J’ai été bouleversé, intrigué, traversé et nourri. Au travers des effets produits sur mon âme et transposés sur mon regard, on pouvait dessiner le diagramme de l’évolution des émotions, je veux dire des idées ou centre d’intérêts  dans l’œuvre.  C’est une œuvre comme on rêve d’en rencontrer dans sa vie. J’ai toujours pleuré en le lisant. Sincèrement. Et les larmes se déposaient sur les pages que mes mains ouvraient. Les larmes aux yeux étaient un manifeste du don de moi envers une œuvre qui m’a conquis.

Je me suis toujours demandé les pourcentages de fiction et de réalité dans cet œuvre.

C’est d’une violence

C’est d’une candeur

C’est tout drôle

C’est tout sincère

C’est tout style

C’est tout à la fois

Un piège sans fin est un récital d’amour et d’humanité

Dans la forme, c’est une œuvre avec des structures grammaticales et de temps de conjugaisons faciles choisit avec dextérités et qui sont au service de l’histoire. C’est bien à juste valeur qu’il était au programme des études. A l’époque de l’écriture de l’œuvre, il apparait que les temps de conjugaison étaient le luxe des écritures chaloupées et Olympe en a fait un usage oh que profond. L’aisance est déconcertante : c’est agréable. C’est une œuvre dynamique. Je me suis amusé à faire la statistique du timing des rebondissements : c’est hallucinant ;  elle est en permanent rebondissement comme une balle de tennis. Parfois quand vous lisez, votre voix commence à sortir de votre gorge parce qu’évidement les mots écrits sont plus forts que le silence. (lisons la page 122. Scène de suicide de Bakari).  Et ce n’est qu’un petit exemple.  En repensant à Un piège sans fin, je mets un bémol à ma pensée qui est de croire qu’un texte écrit est inanimé pour dire sans vie. Celle-ci a une vie et elle se porte en son lecteur.

Dans le fond, voici une œuvre qui traite de l’absurde comme une romance à la fois passive qu’active. Passive en ce sens qu’elle fait des personnages des victimes, des spectateurs de leurs propres dessins ; active en ce sens que quelle que soit la certitude dont pourraient se prévaloir certains personnages, ils subissent in fine comme n’ayant jamais été décideurs de rien.

En soit, l’œuvre aurait pu être typiquement philosophique et s’intituler « l’absurde ».

Mieux encore, c’est une matrice de figures de style, de symbole. Le plus perceptible  reste l’orange (Anatou – La femme) dans le fond succulent et qui peut vous surprendre par son goût aigre.

Vengeance, vanité, amour, amour fou, ruse , les cultes , l’humain , encore l’humain à la foi ange et démon.

On ne finira pas de parler de l’ampleur de ce chef-d’œuvre qui reste pour moi une marque déposée de la littérature béninoise et qui n’a pas couru pour se déposer dans les officines. Voici une œuvre qui a allaité ma conviction à la vocation des lettres et des pensées.

Un piège sans fin est une marque déposée de la littérature béninoise

Quand j’ai en 2014 appris qu’il devrait quitter le programme des enseignements, j’ai été triste qu’une comme celle-ci qui traverse les époques puisse en arriver à avoir une « fin ». Sourire. Un piège sans fin a enfin une fin. Non c’est faux. Cette  œuvre a une vie qui ne finira jamais. C’est la vie qui coule en chacun de ses  lecteurs comme  coulent les eaux du Kiniba.

Un piège sans fin : ça fait agréablement mal.

Merci Patriarche.

Par Didier SEDOHA NASSEGANDE, ©BENINLIVRES, avril 2020