Fiction : Talon, Pliya et Chodaton

Fiction : Talon, Pliya et Chodaton

Message de l'équipe d'organisation des Noces de Diamant de Un Piège Sans Fin

Pour marquer la célébration des Noces de Diamant du roman Un Piège Sans Fin, nous avons initié une campagne de crowdfunding. Cette campagne a pour but de rendre le roman disponible dans les bibliothèques de plusieurs établissements scolaires privés et publics au Bénin. 200 établissements auront chacun 10 exemplaires du roman.

Informé de cette initiative voici en bref ce qu'en dit le Doyen Olympe Bhêly QUENUM "C'est sublime ! Si ça marche j'aurai un enterrement royal.."

Vous pouvez soutenir cette initiative en parcourant ce lien : https://www.leetchi.com/fr/c/lyV9Bq0w

Vendredi  25 août 2017. Ouidah. Esplanade du fort français. Trois hommes  assis dans  un  bar- restaurant, adjacent à la place publique.    Ils ont pris le soin de s’installer  à l’écart des autres clients de la buvette, loin du grand bruit.  Peut- être, s’agit- il d’une  mesure de sécurité, vu  leur rang dans la société, dans la république. Leur positionnement  porte à croire qu’ils sont arrivés à un rendez- vous d’affaire. Mais loin de là. Ils boivent  et  ils parlent  de tout et de rien. Les éclats de rire  sur leur visage  expriment bien l’amitié et la fraternité  qui les lient.

De l’autre côté,  les autres clients sont aussi affairés que  les trois amis. Ils le sont autant que le gérant et les servantes.  Tel dans un marché, chacun s’occupe de son job.

La suite après la pub

Sagbohan Danialou, physiquement n’était pas  sur les lieux  mais présent, il  était tout de même. C’est un chanteur- percussionniste célèbre du Bénin. En effet, un client épuisé des agressions que lui inflige un chanteur dont  tous  ignorent  l’origine et  le  type de musique intima l’ordre au gérant de la buvette de  jouer un autre artiste. De préférence, un Béninois, connu de tous.

Les instants d’après, c’est la voix de l’homme orchestre qui retentit en ces termes :

« Les enfants les plus valides ont été arrachés au continent noir pour alimenter le commerce triangulaire…c’est un péché commun entre acheteurs et vendeurs… C’est un péché commun entre Noirs et Blancs ».

La quintessence du rythme  souleva une dizaine de clients de leur siège. De petits pas de danse au début, ils finissent  par se rouler dans la musique. L’assistance les accompagne   par des ovations….

 Sagbohan Danialou ne laissa personne indifférent. Les trois amis de l’autre bout observaient la scène des danseurs.  Ils applaudissaient, eux aussi à l’instar des autres spectateurs. A leur manière.

-Puisque Sagbohan en parle, je voudrais qu’on en parle, nous aussi,  M. le président, lança  Foo Chrys Chodaton avec un brusque changement de mine.

-Parler de quoi ?, lui demanda, spontanément  Joo Pliya…

-Tu n’entends pas le message du chanteur ? Aujourd’hui, nous  sommes le 25 août.  Mercredi dernier, c’était le 23 août, Journée Internationale  du Souvenir de la Traite Négrière et de son Abolition.

-Et alors ?

-Et à fort !

  A cet  instant, M. Talon qui jusque- là, était muet,  intervint.

-Chrys, je comprends le sujet que tu évoques.   L’Etat n’a pas organisé une célébration  officielle. C’est là, ta colère.

-Exact, M. le Président.  Mais mon indignation va au – delà.

-Ah bon ! je t’écoute donc.

-Avant  votre régime, celui du changement refondu a eu le même mépris par rapport à cette journée.  On n’organise rien de façon officielle pour honorer la  bravoure des Noirs qui ont enclenché la révolution contre l’esclavage.  Votre prédécesseur  a fait cette monumentale erreur. Et vous, malgré le nom rupture que vous  collez à votre régime, vous semblez  la perpétuer.

A ces mots, un silence surgit. Les trois amis se fixèrent et se lancèrent de légers sourires.

– Chrys, j’ai appris dans les média  que l’Union que tu diriges a tenu  cette célébration.  Il s’agit d’une organisation réussie, selon les  commentaires des journalistes.  L’un d’eux, intervenant sur un site web  a affirmé que tu as pris la résolution avec ton association de tenir annuellement cette journée,  avec ou sans l’Etat  …..

Bien sûr ! c’est un devoir de mémoire. Et,  vous, M. le Président, vous  le savez bien. 

– Cette année par exemple,    la célébration s’est étendue sur deux jours. Au menu, plusieurs activités dont les plus importantes sont les conférences- débats, les visites sur les sites touristiques  d’Ouidah et la cérémonie officielle qui s’est déroulée à la Porte du Non Retour. Nos frères afro- descendants sont venus nombreux. L’un d’eux a fait un témoignage qui a donné la chair de poule à tous.Hounnnn, disent en chœur Patou et Joo.

Raconte donc !, poursuit M. Talon

-Ce frère afro- descendant s’appelle Manou  Gordien. Il est   Guadeloupéen. Mais il est attaché à son histoire, à ses origines. Alors il se lança dans la recherche de ses  sources. Il parcourut plusieurs pays : Cameroun, Congo, Côte d’Ivoire et même le Tchad.  Dans ses  investigations, il sut que ses aïeux sont partis du Dahomey. Il foula alors le sol de notre Bénin. Après avoir été vainement à  Allada, Zogbodomey, Ouinhi, c’est à Ifangni qu’il porta les yeux sur ses vraies origines.  Ce Manou Gordien est  du  village  Zian et son vrai nom de famille  est GBOHIKI.

-Aaah ! c’est touchant, son histoire. Mais, concrètement qu’est- ce que cette célébration apporterait à l’Etat et puis aux Béninois? Pourquoi l’Etat décaisserait de sous pour, juste, une formalité de fête, vocifère Joo.

-Mais l’Etat sort de l’argent pour la  fête de la musique ! Connaissez- vous comment cette fête a été instituée ?, répliqua Foo Chrys.  L’Etat décaisse de l’argent pour ci. Il décaisse de l’argent  pour  ça. L’Etat décaisse…

Foo Chrys ne termina pas ses propos. M. Talon le coupa son discours plein de verve :

-Le peuple béninois a besoin de tout sauf d’une fête ou d’une occasion qui lui rappellera un passé pas trop glorieux, cher Chrys.

– Vraiment ? Le 23  août  est une journée pour  commémorer le courage des peuples noirs ; c’est une occasion pour chanter la liberté conquise au prix du sang. C’est un passé  d’honneur et de gloire. M. le Président, vous voulez faire la promotion du tourisme. Le 23 août est une période d’affaire, de bonnes affaires pour le tourisme, ne serait- ce pour nos afro-descendants. J’espère que vous n’avez pas oublié  Ouidah 92. Il faut créer, démultiplier Ouidah 92. Et cela,  Joo devrait le savoir et vous le notifier.

A cet instant, Joo qui venait de sa deuxième calebasse de tchakpalo lança à Foo Chrys

– Pourquoi, moi ?

-Parce que tu es le directeur général de l’agence des  patrimoines et du tourisme. Dans ton planning annuel, tu dois inscrire le 23 août. Si nous voulons faire du tourisme, c’est par là, il faut commencer. Du tourisme local pour les élèves, étudiants, enseignants, la jeunesse  à la faveur de cette journée. Ton  agence doit  prendre des initiatives  pour imprimer dans le quotidien des Béninois l’histoire vraie de leur pays. Le 23 août est une belle occasion, outre le 10 janvier. J’en ai fini. Je ne veux plus parler.  Je n’ai même pas eu   la présence d’un représentant du ministère du tourisme à Ouidah le mercredi passé.    J’en suis vraiment déçu.

Esckil AGBO, Porto – Novo, 25 août 2017

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