Interview / Dominique Titus : « Le roman policier n’est pas un genre mineur»

Interview / Dominique Titus : « Le roman policier n’est pas un  genre mineur»
Dominique Titus

Il est désigné « Père de l’écriture policière» au Bénin. Auteur de plusieurs romans de cette catégorie, Dominique Titus, à cœur ouvert, nous parle de sa plume. Il est l’invité de notre rubrique  « Parole à un Acteur du Livre  », de ce lundi 25 mai 2020.

Entretien

RADIO BENINLIVRES : Qu’est ce que le roman policier ?

La suite après la pub

Dominique Titus: La définition n’est pas simple. Je pense qu’on peut dire que  dans le roman policier, on recherche  quelque chose; on cherche soit un secret,  c’est à dire ce qui s’est passé, on cherche un coupable dans le cas d’un assassinat; et quand je dis qu’on cherche quelque chose, cela  peut être de l’argent qui a disparu, un dossier,  la vérité ou encore soit quelqu’un. Par exemple il y  a des cas où au tribunal, on a un coupable mais dont on doute, on veut savoir si c’est vraiment lui.    En résumé, le roman policier se caractérise donc par la  recherche dans trois directions différentes : on cherche quelque chose, on cherche quelqu’un , on cherche la vérité.

Il est dit que cette forme de roman est plus difficile que les autres. Qu’est – ce que vous en dites?

Est – ce que le roman policier est plus difficile à écrire que les autres formes de littérature?  Ce n’est pas à moi de répondre à cette  question. Ce que je sais, c’est que le roman policier a des caractéristiques obligatoires que les autres formes de roman n’ont pas.

Parmi ces ingrédients obligatoires, on a: les courses poursuites, les interrogatoires, les perquisitions…. Ce sont des ingrédients obligatoires du roman policier et il faut être le plus près possible de la vérité. Le roman policier est lu par un très grand nombre de personnes : le juge d’instruction, les policiers parce que cela les concerne. Comme c’est la vérité, on ne  peut pas faire trop de fantaisies sinon l’on n’est plus crédible. Ce sont ces ingrédients qui font que je pense que le roman policier n’est pas une facilité, ce n’est pas le genre le plus facile à écrire.

C’est  donc un genre complexe que les autres. Mais pourtant vous l’avez choisi!

(Il souritC’est la passion.

Comment  êtes – vous venu à ce type de roman?

J’ai commencé par lire les bandes dessinées , à l’époque on avait des ’’ trucs comme bleck le rock’’. Ce sont des bandes dessinées, mais à les lire, cela  a l’air simple et entre guillemets » Con »; les dialogues, les messages sont ramassées et quand on les étudie à fond on s’aperçoit qu’on nous présente sous la forme d’un livret , une vingtaine de pages; il peut bien s’allonger sur 100 ou 200 pages. On apprend ainsi l’idée de condensation, de parler vite, de parler bien, c’est le gros avantage de la bande dessinée.

Par la suite, j’ai commencé à écrire dans  Daho express , c’est le quotidien national de l’époque qui s’appelle aujourd’hui La nation qui publiait sous forme de feuilleton mes textes, c’était des textes que les journalistes étendaient sur plusieurs numéros.  Il parait, je dis bien ,  il parait qu’à cause du suspense que j’entretenais certaines personnes aimaient et achetaient le journal; juste pour cela, pas pour les informations ou autres.

Le  roman policier est intéressant et intéresse beaucoup de gens.

J’encourage les jeunes à s’intéresser à ce genre, ce n’est pas un genre mineur. C’est pourquoi j’insiste sur la difficulté qu’il y a  de l’écrire.  Mais ils ne doivent pas  fuir ces difficultés – là.  

Je pense qu’il faut amener beaucoup de gens vers la littérature policière, on aime bien les films policiers, parce qu’ils  entretiennent le suspense; il y a beaucoup d’actions, ce qui est d’ailleurs l’une des caractéristiques du roman policier.

Le roman policier est actif, on voit des gens qui bougent, il y a des bagarres, il y a des coups de feu .

Vous avez ainsi commencé l’écriture policière dans le journal Daho Express.  A quel moment  êtes – vous  venu à la publication d’ouvrages?

A un moment, quand ceux qui  n’ont pas pu lire le roman paru en feuilletons aimeraient bien voir toute la suite  de A à Z , j’ai été contraint de faire des romans en volume autonome. C’est comme cela j’ai commencé.

C’était en quelle année ?

Dans les années 70. (Il  lance un large sourire)  Je suis un très très vieux bonhomme.

Que peut – on retenir de votre bibliographie?

Où est passée Fatimata ? La fille vierge , Quand on aime, une collection de cinq  enquêtes de El hadj Mamadou Sèssè. Lui, c’est le Mégret des feuilletons ou le Colombo; c’est ce qu’on appelle un héros récurrent , c’est à dire c’est le même enquêteur mais qui revient.

Comme chez  votre compatriotes Sophie Adonon qui a  le commissaire Aza qui parcourt presque tous ses romans .

Elle se défend bien, celle là !

Parlez – nous de   Quand on aime 

Quand on aime, c’est le concentré, la collection de cinq enquêtes, les enquêtes de 1970 que beaucoup de gens, surtout les jeunes n’ont pas pu lire mais dont ils entendent parler. Ces romans ont été ressuscités par le Docteur Roger Koudoadinou. Il parle aux étudiants à l’Université qui ont envie de les lire mais ne les trouvent pas . Roger m’a beaucoup encouragé à les ressortir et il les a fait effectivement éditer.  Je  lui dis merci et je lui dis bravo.

Quand on parle de l’écriture de policière au Bénin, on vous cite en premier, vous êtes d’ailleurs désigné « Père du romancier policier ». Qu’est – ce que vous en dites ?

Oh! Le père entre parenthèses !! ( rires). J’ai l’âge d’être père et non grand père… J’encourage les gens à écrire le roman policier, ne pas le laisser tomber . Ceux qui détestent, qui n’aiment pas le roman policier évoquent deux raisons contradictoires. En premier, ils trouvent que c’est la facilité.

L’autre raison, c’est qu’il est trop compliqué, donc ils préfèrent les romans à l’eau de rose. Entre ces deux conceptions qui ont l’air contradictoires, je pense que le milieu est là, on peut les lire, tenter de les écrire sans se dire que c’est difficile à écrire. Surtout cette histoire de suspense fait que votre roman policier peut être vendu, lu plus qu’un autre genre.

Connaissez – vous des auteurs béninois qui s’essayaient au roman policier, avant que vous ne donniez vraiment vie à cette forme d’écriture ?

On parle bien de Felix Couchoro qui serait Béninois et Togolais, il a essayé de faire des romans policiers avec  L’esclave et Amour de féticheuse.

Mais ces ouvrages n’ont vraiment pas des traces, des caractéristiques d’un roman policier !

On retourne encore sur ce qu’est le roman policier; parfois cela regroupe des genres  différents et  qu’on se pose des questions. Certaines personnes ne considèrent pas certains livres comme des romans policiers. Ce sont des puristes qui  considèrent comme roman policier que des romans, des enquêtes qui respectent les règles de la  procédure pénale, le droit pénal. Donc votre enquêteur qui s’appelle el hadj Mamadou  Sèssè ou autre, il faut qu’il respecte le droit pénal. Il n’a pas le droit par exemple d’arrêter quelqu’un, le tabasser ou l’obliger à dire dire la vérité. Respecter par exemple le délai de garde à vue est un critère pour ces derniers.

Mais certains le font; vous voyez l’enquêteur qui est plus ou moins fâché plus ou moins pressé et qui donne des claques au monsieur « on t’a vu alors, dis la vérité ».

Vous en tant que spécialiste de la chose, dites – nous, est-ce qu’il suffit de faire d’enquête ou il suffit de créer de  crime dans un ouvrage pour donner la couleur policière à l’ouvrage ou au genre ?

  Je pense que c’est le doyen Adrien Huannou qui a résolu le problème.

Réalisation : Esckil AGBO, ©BENINLIVRES,  mai 2020