Interview / Richard Adodjèvo : « Djèhami, ce nom ne se donne pas au hasard »

Interview / Richard Adodjèvo : « Djèhami, ce nom ne se donne pas au hasard »
Richard ADODJEVO

L’ENTRETIEN. Auteur du receuil de nouvelles, paru en 2020 aux éditions Laha, Richard Adodjèvo est l’invité de la rédaction de radio Beninlivres, cette semaine. Ensemble, nous avons passé en revue  les grands sujets développés dans l’ouvrage.

Interview

La suite après la pub

Radio Beninlivres : Veuillez nous faire  une brève présentation de votre recueil de nouvelle Djèhami, paru à Cotonou  chez Laha éditions en 2020.

Richard Adodjèvo: Djèhami est un recueil de nouvelles paru précisément le 15 mai 2020 chez LAHA Editions. C’est une œuvre de 173 pages constituée de quatre succulents récits. Nous avons fait l’effort en termes de structuration d’équilibrer les tailles des récits. En effet la première nouvelle « A MOITIE NUE » fait 33 pages et dédiée à mon ancienne élève d’Académia Pulchérie ADIBO pour son excellence « Excelsior semper Excelsior »

La suivante, nouvelle éponyme « DJÈHAMI » compte 37 pages, la troisième « LA FILLE DU BAR » avec 36 pages et la quatrième « LE PREMIER AMOUR » étalée sur 34 pages.

Le titre de votre  ouvrage est formulé en fongbé,  une langue fortement parlée dans le sud du Bénin.  Qu’est – ce qu’on peut y comprendre ?

Notre langue maternelle est une véritable richesse. Et la mienne, le fongbé est pleine de ressorts pour permettre à son locuteur de facilement verbaliser sa pensée. Pour répondre à votre question, c’est à mon éditeur Lalèyè Abdel Hakim qui m’a fait l’honneur de préfacer ce recueil, que je dois la meilleure formule. Pour lui « Djèhami en langue fongbé est la métaphore de bien-être, c’est le porte-bonheur qui offre à celui qui s’en approche ou qui se retrouve dans sa proximité, la joie, la paix, le rayonnement.

Ce nom ne se donne pas au hasard. C’est à un être, à une femme à qui généralement on le fait porter pour annoncer un futur prometteur. Djèhami flatte aussi l’ego des parents qui donnent ce patronyme à leur fille. Djèhami, c’est aussi la promesse d’un talent qui va compter en littérature béninoise. ». Je partage entièrement cette définition qui rend parfaitement compte de mon intention d’écriture. Définitivement, j’ai choisi Djèhami parce que les autres personnages féminins du recueil se retrouvent facilement dans l’action de ce nom original, endogène et vendeur comme me l’aurait proposé toute maison d’édition.

En attendant de revenir de façon approfondie sur le contenu de l’ouvrage, à travers un autre entretien,  veuillez partager avec nos internautes quelques thèmes que vous avez abordés dans le livre.

Survolant rapidement les thèmes abordés dans ce recueil, le lecteur peut rencontrer au cours de ce voyage littéraire l’amour; le statut de la femme; la tradition; le panafricanisme ; la religion; le tourisme ; la cybercriminalité ; le terrorisme et les pandémies virales…

Comment les avez – vous développés ?

Si Stendhal définit le roman comme « un miroir que l’on promène le long du chemin », nous attribuons la même fonction à nos nouvelles. Répondant à votre question et pour ne pas être long, nous allons prendre juste deux thèmes. Commençons par le statut de la femme. Il y a d’ailleurs plusieurs personnages féminins dans ce recueil. Et chacune d’elles présente une certaine spécificité de la place de la femme dans la société. Tout se lit dans leur fonctionnement. C’est le cas dans la nouvelle « A moitié nue » de Houéfa, jeune femme instruite, émancipée et respectée par son époux qui sait se défendre contre l’agresseur-violeur (Nakobamin) pour préserver sa dignité.

C’est du pareil pour Bola dans la nouvelle « Le premier amour ». Quant à Djèhami, c’est un peu le prototype de la jeune fille soumise, élevée dans un milieu rural et dans une pseudo rigueur chrétienne. Comme Maman Agbazamimin victime du lévirat dans la nouvelle « La fille du bar », elle subit les coups de reins du pouvoir machiste. Nous ne sommes pas loin de ce tableau avec le profil de Sacabo, la reine des prostituées.

L’autre thème prépondérant dans cet ouvrage est l’amour abordé sous plusieurs angles. Dans « A moitié nue », l’amour s’est manifesté par le sentiment qu’éprouvait Adoris pour sa femme marqué par la compréhension. Poursuivant la lecture, on tombera dans « Djèhami » sur le flirt entre Innocent et Djèhami. Idem pour l’histoire d’amour au gout d’inachevé entre Agbazamimin et Tambwanrou et celui entre Bola et Ado dans « le premier amour ». Toujours dans le récit éponyme, on découvrirait l’amour interdit entre Djèhami et Mahussin, une relation coupable que nous dénonçons car allant à l’encontre des règles religieuses ainsi que de la volonté divine. On ne doit pas tricher avec le sacerdoce. Dans la vie, chacun doit assurer et assumer ses choix.

Votre mot de la fin

Merci pour cette belle opportunité que vous m’offrez pour communiquer avec mes lecteurs. « Qui ne lit pas, ne vit pas » dit-on. Je voudrais que mes lecteurs découvrent dans ce voyage culturel proposé, toutes les couleurs de notre identité africaine. Qu’ils se nourrissent à travers les pages de ces quatre récits, des valeurs positives qui fondent nos vécus afin de continuer à tresser dignement les cordes de la fierté du peuple noir face à la mondialisation trop envahissante. C’est vrai que les réalités sont toujours grossies dans la fiction narrative, mais que chacun soit rassuré que notre intention ne fut point de rejeter quelque religion ou tradition. Lire plutôt notre envie de voir consolider la foi éprouvée des uns par diverses tentations et préserver chez les autres le nec plus ultra de nos us et coutumes.

Réalisation : Esckil AGBO