Le Pacte de Claude Balogoun : Une écriture simple mais efficace

Le Pacte de Claude Balogoun : Une écriture simple mais efficace

J’ai trouvé le rythme du roman  très accéléré. On se  surprend dans l’intrigue.  Le pacte  est vite scellé et la sanction qui s’en suit très rapide. Et oui !  Quoi de plus normal quand c’est un conteur   d’histoire  qui l’écrit. Chers amis lecteurs, nous vous présentons  Le Pacte du Béninois Claude Balogoun, une fiction   publiée aux Editions Plurielles (Cotonou) en septembre 2017.


Le Pacte est  le récit d’Alain Coovi, un jeune entrepreneur qui, sous la torture d’une effroyable disette décide  de recourir   aux divinités pour tourner la mauvaise page. En effet, il venait de perdre un nouveau marché  pour n’avoir pas signé son document.

 «  …Monsieur Coovi…. Vous avez fait la meilleure proposition, enchaina le Directeur. Elle est objective, claire et a su mettre en évidence les atouts et l’architecture du projet. La société Coovi Bulding a respecté les conditions techniques et financières. Mais nous avons le regret et la peine  de vous annoncer  que pour cause  d’absence de signature, le marché ne peut pas vous être attribué. Vous avez omis de signer votre document. Cela a l’air très banal mais c’est une grave erreur venant d’un professionnel », raconte l’auteur à la page 15 pour  décrire le degré de souffrance de son personnage principal.

Face à l’interminable misère, Alain,  sur  initiative de son beau- frère Hounzangbé,  va solliciter  les faveurs d’un devin. Celui-ci le  mit à l’abri du besoin contre des conditions qu’il devra  respecter. Devenu riche, le jeune entrepreneur tourne dos à tout le monde et piétine dans cet élan les clauses de son « pacte » avec les divinités. Tout bibliophile pourrait  se faire une idée de ce qui lui arriverait. La colère des dieux.  Mais les divinités auxquelles il a eu recours, comment l’ont – elles traité ? Et son épouse ? Et ses enfants ? Et ses amis ? Bienvenu dans la saga.

 Mon coup de cœur dans le livre : Les personnages et leurs différences

Chaque personnage de l’ouvrage a une histoire, son propre histoire. Alain, le héros, Ayaba,  son épouse, Nouagnon sa deuxième fille, Hounzangbé, son beau- frère, Eugénie, sa concubine,  la mère  d’Eugénie, Désiré Espoir (l’enfant que lui a fait Eugénie), le devin et les divinités…

A chacun des personnages, M. Coovi est lié par un pacte.   Nous pouvons retenir sans être exhaustif, Alain – Ayaba : accord solennel (un mariage sur la note de dignité). Entre les deux se dessine le passage de l’amour respectueux à celui conflictuel.  Alain- Eugénie : alliance clandestine (du concubinage à un mariage  brusque et  scandaleux). Les deux ont fait  preuve d’amour érotique. Tels des tourtereaux,  Alain et Eugénie sont  emportés par une fascination incontrôlable.  Vous découvrirez en lisant le roman des descriptions  d’actes sexuels  à  vous abêtir.

  Alain – Hounzangbé : convention fraternelle, une sorte d’amitié.  Alain – Nouagnon. Il s’agit ici d’un pacte non ‘’présentiel’’ entre le géniteur et sa fille. A l’inverse de ce qui s’entend et s’observe dans la vie courante, c’’est la fillette qui protège ici son père de ses bêtises.

Ces personnages ont chacun des histoires qui se mélangent, qui se complètent et qui se dissolvent.  En les lisant, on  se demande si elles iraient jusqu’au bout.  Le rythme s’accélère  au fil de la lecture, imposant au lecteur curieux de tourner  les pages  à une vitesse élevée. Ce dernier ne se rend même pas  compte   qu’il dévore facilement un ouvrage qui s’étend sur  170 pages environ,  charpentés en 20 chapitres. L’auteur a su coudre plusieurs récits en un.

Les pages 104 –  105 et 106 : Les zones fétiches du livre

C’est en lisant Claude Balogoun, que j’ai découvert le poète congolais Gabriel Mwéné Okundji. J’entends parler de lui mais ma curiosité ne m’avait jamais  conduit  à le connaître davantage, avant ce vendredi 22 avril 2018 où je dévorai en une – demi journée Le Pacte.

En effet,  dans le livre  au  niveau des pages  104 – 105 et 106,   vous tomberez sur la quintessence  de la poésie de cet écrivain congolais, Grand Prix  littéraire d’Afrique noire en 2011. Il fait de la philosophie poétique. Que dis- je ? De la poésie philosophique.  Par exemple, dans son recueil  intitulé Prière aux ancêtres (2008, 128 pages),   Gabriel  Okundji, en s’amusant avec les mots téléporte le  lecteur dans le monde  des morts. J’ose croire qu’il  est allé au-delà de Birago Diop qui, dans LEURRES ET LUEURS (1960) nous enseigne l’omniprésence des morts parmi  les vivants à travers le poème titré Souffle.

Claude  Balogoun dans son roman fait une projection  sur le poète et  fait  (excusez la répétition du mot)  dévorer  à l’un de ses personnages, Eugénie,  une poésie de celui-ci   dont l’idée directrice est : l’identité. Il s’agit  à notre avis, d’une intertextualié osée qui dénote  la passion  du romancier  pour la lecture et l’écriture. Lui- même étant un réalisateur de profession.

Esckil AGBO

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