Prix Laha Editions dexcellence en lecture 2020: Le texte de la lauréate, catégorie des séniors

Prix Laha Editions dexcellence en lecture 2020: Le texte de la lauréate, catégorie des séniors

Analyse. Etudiante en master I de Droit Privé Fondamental, à la Faculté de droit et de sciences politiques (FADESP) de l’Université dAbomey Calavi, Assiba Murielle Mègbémado a remporté, samedi 07 novembre 2020 le 1er Prix Laha Editions dexcellence en lecture, dans la catégorie des séniors. Comme les deux autres finalistes de la même cat deégorie, elle a partagé avec le public sa lecture du roman Les mystères du tambour parlant dAbdel Hakim Lalèyè. Découvrons ici le contenu de son texte.

«Mesdemoiselles, Mesdames et Messieurs,
Honarables membres du jury,
Cet après-midi, je vous parlerai d’un personnage aux attributs humains. Il était sculpteur, bon, beau, généreux et aimable, humain très humaniste. .Son nom était pureté. Son nom était simplicité. Son nom était Adjao AYANDELE. Comme tout bon Africain, et de surcroît issu d’une lignée de griots il croyait aux dieux de ses ancêtres. Notre brave homme avait une épouse appelée Renikè. Tous deux s’aimaient profondément. Et pourtant, le fruit de leur amour tergiversait à apparaître. Un an, deux ans, trois ans, des années et point de grossesse.


Desespéré, Adjao se tourna alors vers les dieux des tambours et leur demanda en fidèle serviteur la réalisation de son voeu intime : avoir un enfant.Oui ! Un enfant pour faire sa fierté. Un enfant pour sécher les larmes d’un couple assez patient. Un enfant pour perpétuer l’oeuvre du père et servir plus tard les dieux. Ce fut le souhait d’Adjao. Et pour gratifier ceux-ci ils leur assura son entière dévotion.Les dieux exaucèrent son voeu. Son miroir au féminin attendait un enfant. Avant cette naissance, un pasteur du nom de Félix OMORE fit aux parents des révélations et leur prodigua les premiers soins à donner à l’enfant pour éviter qu’un malheur ne survienne. L’enfant naquit. Ce fut un fils. Les prophéties se realisèrent. Comme le disait le sage Amadou Hampaté BÂ dans “Wangrin”, souffrons que la main qui donne, ordonne. Les dieux ordonnèrent le décès de la mère. Et cela arriva. L’enfant a été baptisé Ayandéji et le pasteur devint son parrain.
L’enfant grandit et devint chrétien protestant. Il connut l’Europe et les délices de la culture occidentale. Pis, il prit d’aversion la profession coutumière de son père. Une maison et des pensions mensuelles serviront de moyens de dissuasion au renouement de la profession de griot tambourinaire par Adjao. Mais comme dit le dicton : ” Chassez le naturel, il revient toujours au galop “. Pressé par ses compagnons de troupe, le viel homme faillit à l’engagement pris vis-à-vis de son fils. Il reprit ainsi ses prestations de tambourinaire accompagné de sa seconde compagne Laraba, une sénégalaise qui psalmodie les panégyriques des hôtes, et cela à l’insu de Déji. Hélas! Le fils prodige revînt au bercail à la grande surprise de son père. Adjao soucieux de la réaction de son fils, voulut se désister face à la requête des traditionalistes, qu’il conduise le roi lors de son entrée dans la forêt sacrée.

La suite après la pub


La promesse faite aux dieux sera t-elle respectée ?


Rassurez vous ! Elle le sera bel et bien. Ce choix d’abandonner, désinvolte, cette noble profession ne fut pas sans conséquences. ll attira une suite de malédictions à notre Adjao. En effet, sa fille Kikèlomo issue de son union avec Laraba, fut frappée par l’Ayanagalu, l’esprit du tambour parlant. Elle se retrouva à l’hôpital, agonisante, il n’y avait qu’une seule solution: respecter la promesse faite aux dieux. Reprendre les tambours. Reprendre la voie de la tradition. Mais le fils, en constatant que son père n’a respecté sa promesse à son endroit, va brûler, calciner les tambours sacrés de son père. Le père n’a pu supporter cet acte odieux…


Il s’écroula et son coeur s’arrêta à jamais à la vue de l’incendie des tam-tams sacrés. Sa tragique et subite disparition propulsa Dédji dans un temps nouveau. Celui des responsabilités à assumer. Contraint par les dieux, il les assuma bon an mal an, en accompagnant le roi à sa sortie coutumière dans la forêt sacrée, habitée par Ayanagalu, avec les tambours, comme le faisait son père.


Chers amis, cette belle histoire, ce récit frappant est l’uvre du célébrissime écrivain, cinéaste,homme d’affaire que la critique littéraire béninoise qualifie de “magnat du livre”: Abdel Hakim Amzat LALEYE. Nous l’avons découverte dans son roman intitulé LES MYSTÈRES DU TAMBOUR PARLANT. Un roman didactique et social paru en 2017 aux éditions LAHA et écrit en deux tomes qui s’étend sur 261 pages.


Ce roman paraît à un moment où la déliquescence juvénile a atteint son paroxysme, où le rejet de la tradition est devenu une mode, où la génération montante se montre déracinée, ne connaissant ni son origine, ni sa tradition. Il sonne donc comme un toxin qui nous interpelle et nous rappelle à l’ordre. Il est comme une invitation à un retour aux sources, à nos origines.
L’auteur semble vouloir nous dire comme Sophie ADONON que” Chassez le passé autant que vous le voulez. Il finira par vous rattraper si tel est son désir”. Puisque notre passé et nos origines nous définissent. C’est cela qu’Appolinaire AGBAZAHOUN nous enseigne dans “Le gong a bégayé” quand il estime que nul ne doit rejeter son passé. Il rend hommage aux us et coutumes de lAfrique, particulièrement du Bénin, et lève le voile sur la valeur réelle de la tradition que daucuns jugent avilissante puis nous apprend que celle-ci est immortelle, identitaire et quelle est irremplaçable par des religions exogènes ou des croyances cartésiennes nonobstant la modernité et son influence sur nos vies. Aussi nous rappelle-t-il lindélébile puissance de la destinée sur la vie de lhomme.


Et l’auteur semble avoir réussi sa mission puisqu’en le lisant, nous avons appris de nouveau l’importance de notre tradition, de ses matériaux, de sa sauvegarde. Cet ouvrage s’assimile au roman L’aventure ambiguë de Cheik Hamidou KANE qui aborde également le thème de l’identité culturelle.


Nous avons surtrout aimé l’aisance avec laquelle il emballe ses lecteurs. Une plume facile d’accès, châtiée, truculente avec en toile de fond, une intrigue secondaire qui porte sur la thématique de la vie de couple, celle de Jaiyé et d’Amélia dans laquelle les violences basées sur le genre ont été étalées par l’auteur suscitant davantage l’appétit littéraire. On a l’impression, en le lisant, d’être entrain de suivre un film. Un romancier engagé, qui s’évertue à ramener les jeunes très enclins à dévoyer, sur le chemin de la tradition.


Une très belle uvre que nous vous recommandons vivement en attendant qu’elle soit mise au programme. Puisque, c’est une uvre qui, faut-il le rappeler, serait très utile à nos apprenants.


Mesdemoiselles, Mesdames et Messieurs
Honorables membres du jury, merci pour votre attention ! »


©BENINLIVRES, novembre 2020