Quand « Quand on aime » donne une nouvelle vie à Dominique Titus

Quand « Quand on aime » donne une nouvelle vie à Dominique Titus

LA CHRONIQUE. «Une mort mystérieuse, provoquée par une poudre blanche, vient de se produire au quartier V… Maison Sossa…». Nous sommes à la page 132 du recueil de nouvelles policières de Dominique Titus, réunies et présentées en 2019 par Roger Koudoadinou. Ce passage évocateur de la spécificité du genre est extrait de la dernière nouvelle « Une affaire de famille ». Avant celle-ci, on aurait dévoré la nouvelle éponyme « Quand on aime » et bien avant dans l’ordre de pagination « Une fille volage », « Légèreté coupable », « Le dossier de la marâtre ».

Avec Dominique TITUS, tout va vite, très vite. Sa belle plume légère mais policée et opérationnelle vous donne l’impression de planer tel un épervier à travers les pages à la recherche du coupable. Un récit haletant, rapide, intense où des protagonistes mènent diverses actions pour résoudre les affaires sorties de l’imagination du criminologue amateur, auteur. Quelques heures suffisent pour réunir un faisceau d’indices pour démasquer les malfaiteurs et régler les affaires criminelles.

Avec ce recueil Quand on aime, c’est une nouvelle vie qui est donnée au patriarche de l’écriture policière béninoise. La vieille lanterne est piochée pour illuminer l’ignorance des plus jeunes parmi nous.

La suite après la pub

Le père du polar béninois auquel ont succédé, entre autres les illustres contemporains Florent Couao-zotti, Sophie Adonon, Modestes Gansou Wéwé nous offre par le biais de cette résurrection de passionnantes enquêtes de son héros fétiche, le commissaire Tonnerre, El adj Mamadou Sèssè. Initialement publiées entre avril et décembre 1970 dans le quotidien du service public Daho express sous forme de feuilleton, ces récits cinquantenaires bien enrobés dans un style digeste sont d’une effroyable succulence comme qualifiés sur la quatrième de couverture.

Titus, de son génie d’écrivain avant-gardiste manipule les registres de la langue française pour rendre accessible son message. On lit un enchainement endiablé du familier «Merci, pour tout doc…» avec le soutenu «Une pluie se déchainait en hallebardes serrées, cinglantes et glacées…», passant par le niveau courant prépondérant au fil des pages «les hommes niquent avec démesure…». Tout semble dramatique bien que nous ne sommes pas au théâtre avec un arrière-goût à la fois pathétique et définitivement tragique. Les figures d’analogie telles que les personnifications et les métaphores abondamment employées révèlent en images les réalités africaines.

Dans ses intrigues, Dominique Titus ose -pour son époque- s’attaquer à plusieurs maux dont la polygamie, la maltraitance des enfants, l’adultère, le matérialisme, l’exploitation de la misère des autres, la marchandisation de la femme, l’usure, l’irresponsabilité parentale, la jalousie, l’empoisonnement, l’occultisme, la débauche sexuelle chez les jeunes, la défiance policière etc. Toutefois, il convient de souligner son recul devant le poids de la tradition, le secret de la famille parce que le linge sale s’y lave loin de l’épée de Damoclès de la Justice qui pourrait davantage diviser que concilier les coeurs.

A tout seigneur, tout honneur. Le mérite est grand pour celui qui a lancé ce genre particulier et exigeant dans la littérature béninoise. C’est de bon droit qu’on le célèbre ce 20 septembre dans le cadre de la Journée du Livre du Benin à côté d’un autre baobab de la fiction béninoise -Olympe Bhêly Quenum qui fête son 94ème anniversaire- afin qu’on le fixe à jamais dans l’éternité littéraire.

Le polar, rappelons-le présente un drame fondé sur l’attention d’un fait ou, plus précisément, d’une intrigue, et sur une recherche méthodique faite de preuves, le plus souvent par une enquête policière ou encore une enquête de détective privé. Et c’est globalement ce que Titus nous donne à lire avec la redoutable et efficace équipe des Flagrants Délits qui vint à bout des situations compliquées. C’est d’ailleurs la marque de distinction de son enquêteur en chef, intelligent et sage qui sait mettre de l’ordre là où il y a trouble dans la société. Ces agents de papier connaissent le métier comme le veut le genre policier qui ne se cuisine pas sans ses six indispensables ingrédients : le crime ou délit, le mobile, le coupable, la victime, le mode opératoire et l’enquête. Même au légiste et à l’appui moderne de la scientifique, le précurseur n’a pas manqué de faire appel pour -en ce temps déjà- égaler les experts américains du Ncis aujourd’hui diffusés en série sur nos écrans.

Par Richard ADODJEVO