Regards croisés sur le Coronavirus : Adélaïde Fassinou et 19 auteurs africains témoignent sur la pandémie

Regards croisés sur le Coronavirus : Adélaïde Fassinou et 19 auteurs africains témoignent sur la pandémie

ENTRETIEN. Le livre est préfacé par le Professeur Ascension Bogniaho et est titré Regards croisés sur le coronavirus. Il est publié aux éditions Venus d’ébène à Cotonou, en août 2020. Au total 20 auteurs dont 12 femmes, en provenance de 11 pays ont contribué à sa production. Tout le travail est coordonné par l’Ecrivaine béninoise Adélaïde Fassinou Alagbada, qui est d’ailleurs l’initiatrice du projet. Ce mardi 15 septembre 2020 où elle célèbre son anniversaire, radio BENINLIVRES, tout en lui souhaitant un magnifique anniversaire lui tend son micro pour qu’elle lui parle de l’ouvrage.

Interview

Radio BENINLIVRES : Regards croisés sur le coronavirus. C’est le titre de l’ouvrage collectif que vous avez coordonné cette année. Qu’est – ce qui est à la base de l’initiative ?

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Adélaide Fassinou : L’ouvrage m’a été inspiré par le confinement que le gouvernement avait exigé pour contrer la covid 19. J’ai alors jugé sage de quitter un peu mon bureau, d’aller me cacher. Pendant cette période, le livre, la lecture m’a été vraiment d’un grand secours ; pour moi c’était une thérapie mentale contre ce mal qui faisait peur à tout le monde. Je lisais énormément, j’écoutais énormément la radio et j’étais régulièrement informée de ce qui se passait dans le monde. Cet effroi engendré par la covid 19 a fait que j’avais trouvé pour thérapie principale l’écriture. Il fallait exhumer de mes tripes cette peur que j’avais et qui envahissait tout le monde. C’est ainsi que j’ai commencé à rédiger mon texte sur le corronavirus, un texte que j’ai intitulé corronasollylauque. A un moment donné, j’en ai parlé à mes connaissances, à mes collègues – auteurs puisque je n’étais pas seule à vivre dans cet effroi dû à cette pandémie de notre siècle. C’est ainsi qu’est né le projet de Regards croisés sur le coronavirus. Nous sommes vingt auteurs de onze pays, au total, à y apporter notre touche.

Entre fictions et réalité, les vingt auteurs partagent avec le public ce qu’ils ont. Aux internautes de radio BENINLIVRES, veuillez parler brièvement quelques – uns des témoignages.

Comme vous le dites si bien, ce sont des témoignages, des vécus relatifs à chaque pays, qu’ensemble nous avons mis sur la place publique à travers le livre. Chaque pays a sa particularité dans sa gestion de la pandémie, les populations n’ont pas vécu les mêmes choses. La Ghanéenne, Dr Abena Antwi, pour citer son cas, a été responsabilisée pour s’occuper des femmes pendant la pandémie. Elle a donc proposé un texte qui retrace le quotidien des femmes ghanéennes pendant le confinement.
En ce qui me concerne, je suis revenu sur le cordon sanitaire que gouvernement avait proposé en claquemurant entre Cotonou, Porto – Novo et la frontière Allada. Je me suis basée sur le réel et de mon imagination.

Quelle est la particularité des témoignages ?

Chaque texte a sa particularité. Ce qui est lié à ce que chaque ; Par exemple, la Nigériane Georgette Dickson, raconte dans son texte que pendant le confinement où tout le monde est enfermé chez lui, c’est en ce moment précis que le taux de cambriolage a augmenté chez eux. Donc, il y en avait qui profitaient de ce temps de grande psychose pour aller dépouiller les gens chez eux. Au Bénin, nous n’avons pas connu cela.
Le Gabonais, Jean Divassa Nyama a narré un fait tout particulier. Vous savez, les gens de l’Afrique centrale, c’est de bons viveurs, ils aiment la vie, l’ambiance. Voilà qu’on les confine, on ferme tous les bars, tous les lieux de vie pour la « nourriture de l’âme » ; c’est la femme et la boisson qu’ils appellent  « nourriture de l’âme ». Le personnage qu’il a décrit dans le livre dit à sa femme : «  je deviens fous parce que je ne trouve plus la nourriture de l’âme ». Et sa femme l’autorise à aller chercher la fameuse nourriture de l’âme. Vraiment, c’est un texte comique mais profond.
Ce qui est formidable, c’est qu’il y a des Béninois qui n’ont pas pris la nationalité du Bénin dans le projet. Il y a un étudiant béninois en Allemagne qui a témoigné sur ce qu’il a vécu, pendant cette période en Allemagne. Dah Hermas Gbaguidi, le dramaturge, il était confiné au Cameroun pendant plus de trois mois. C’est cette expérience qu’il a partagée via le livre. Pendant ce temps, il y avait une Camerounaise, une comédienne qui était venue pour un travail au Bénin et, s’est retrouvée confinée au Bénin ; celle – ci dans l’ouvrage a parlé de son vécu au Bénin pendant la période.

De regards vraiment croisés !
Oui. De regards vraiment croisés sur la pandémie.

Quel serait l’impact de votre livre sur cette pandémie ?
Le lecteur de demain, c’est-à-dire celui qui n’a pas vécu la Covid 19 découvrira le mystère de cette pandémie. Un virus sorti d’où on ne sait et qui dépasse tout. Même chez les Indiens qui ne sortent rarement ou presque jamais de leur territoire, le virus est allé les visiter. A travers ce livre, nous laissons des informations aux générations futures ; c’est une histoire que nous laissons à ceux qui occuperont la terre après nous. Le livre est le témoin du peuple et par cet ouvrage, nous faisons de témoignages sur une époque donnée.
Nul n’est éternel, nous partirons un jour, cela va être criminel si nous ne laissons pas de témoignage sur la pandémie. Nous avons entendu parler de la grippe espagnole, il n’y a pas eu beaucoup d’écrits sur cela. Nous avons souffert de la Covid 19, alors nous devons laisser de traces, nous devons laisser des témoignages.

Nous n’aurions donc pas tort de croire que les autorités de votre pays – notamment du ministère de la culture vous ont accompagné parce que pour la cause de la covid 19, elles ne sont pas restée muettes. Nous avons constaté qu’elles sont soutenu plusieurs initiatives relatives au coronavirus, singulièrement dans le domaine de la musique.


J’ai demandé de l’aide au ministère de la culture. Je n’ai pas reçu de réponse. Donc, nous n’avons rien reçu, aucun soutien.
Mais nous les avons vus faire aux chanteurs ! Ou bien, dans votre pays, la littérature, le livre n’a pas d’importance aux yeux des autorités ?
Réduire la culture à la musique parce qu’elle fait beaucoup de bruits, je trouve que c’est quand même dommage. Je me suis sentie méprisée ; depuis je ne dis plus rien. J’ai accepté de m’endetter pour que le livre sorte parce que je veux laisser des traces pour l’histoire. Je veux qu’on laisse de témoignages écrits aux générations futures. Et c’est ce que j’ai fait.
C’est vraiment dommage pour mon pays de ne pas ne comprendre que la littérature est l’âme d’un peuple.

Par Esckil AGBO © BENINLIVRES, septembre 2020