Richard Adodjèvo / Hommage à Olympe Bhêly Quenum : Une écriture sans fin

Richard Adodjèvo / Hommage à Olympe Bhêly Quenum : Une écriture sans fin
Richard ADODJEVO

Jeune professeur de français, et Chroniqueur littéraire, Richard Adodjèvo vit à Parakou, au nord du Bénin. Pour les 60 ans du roman Un piège sans fin, il rend un vibrant hommage à Olympe Bhêly Quenum. C’est à travers le texte ci – après.

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J’avais juste 14 ans. Jeune adolescent assoiffé de découvertes alors en classe de 4ème, amoureux des livres. Je marchais sur des dizaines de kilomètres, qu’il fasse soleil ou qu’il pleuve, pour aller chercher des romans et autres documents de cours à la bibliothèque des Frères de l’Instruction Chrétienne de Ploërmel au quartier Thian.

Un soir, après avoir risqué de me faire renverser plus d’une fois par des chauffards de la route Parakou-Djougou, j’entrai dans le hall des livres, rayons romans. L’image de couverture dévoilant un berger peulh avec une flûte à la main sous un fond rouge ardent m’attira comme un aimant. Je le saisis et lis : « Olympe BHELY-QUENUM – Un piège sans fin ». Mon choix était fait.

La suite après la pub

L’ouvrage de 284 pages entre mes doigts, je m’empressai de rentrer à la maison. Sans diner, je dévorai une vingtaine de pages. Le reste se fit très rapidement le jour suivant et l’épilogue terminée le dimanche avant la communion du soir à la cathédrale.

En réalité, quelques jours plus tôt, j’avais suivi une émission littéraire à la radio nationale sur le même ouvrage. La présentation de l’animateur et ma lecture m’ont permis de mieux comprendre l’intrigue pour cet âge. Et pour tout dire, j’enrageai contre la diablesse d’Anatou par qui tout a explosé. J’en voulais particulièrement à cette jalouse et en général à toute la gent féminine qui ouvrait toujours la boite de pandore.

Plus tard en classe de première, lorsque mon professeur attribuait le thème de « l’existentialisme » à mon groupe d’exposé, je compris davantage la portée de cette œuvre. Et c’est ainsi que j’eus mes premiers rapports intimes avec ce chef d’œuvre classique de la littérature négro-africaine d’expression française.

J’ai également fouiné à plusieurs reprises la vie de son auteur pour mieux comprendre le pourquoi du comment de son écriture sans fin.

C’est aujourd’hui pour moi une référence vivante dont les rares sorties et prises de position confirment la grandeur de cette âme nullement dégradée par les effets dégénératifs du temps.

Aujourd’hui  plusieurs relectures mêlées à d’autres expériences du vécu me font comprendre que l’aventure amère, pathétique et tragique d’Ahouna ne fut en 1960 qu’un prétexte pour ce génie dont les talents restent incontestables pour dire ce que chaque humain vit dans son existence. Les vicissitudes, les opportunités, les échecs et les réussites ne tiennent qu’à un fil.

Ce dieu africain de l’Olympe a  bien su procéder par une cascade d’effets littéraires démontrer que la futilité voire la fatalité ne sont pas nécessairement les deux faces d’une même pièce.

Bien qu’à lire l’évolution de son récit de la descente aux enfers fait à la première personne et alternativement par monsieur Houénou et Ahouna, le lecteur se rend bien compte comment des situations anodines peuvent engendrer des conséquences dramatiques inimaginables. Il suffit d’un « Rien du tout » pour que tout périclite. Des concours de circonstances malencontreux qui poussent le sort du malheureux Ahouna sur les routes du désespoir et de la mort. L’auteur lui-même capte notre attention sur cette réalité quand il affirme :

« Tout est lié à des choses terriblement vaines ».

Olympe Bhêly – Quenum, Un piège sans fin, p 62

Des interrogations naissent : Pourquoi la vie parait-elle parfois injuste ? Pourquoi n’est-elle toujours pas favorable ni douce pour les bienfaiteurs ? Pourquoi les bonnes choses ne durent jamais ? Pourquoi le malheur doit-il toujours apparaitre dans le bonheur ? Voilà autant de questions que ressort cette œuvre dans laquelle l’auteur décrit des faits qui nous amènent à nous questionner constamment sur la destinée humaine.

Mais contrairement à ce que manifeste les antihéros de ce roman philosophique, Bakari qui s’est donné la mort face à l’adversité ainsi que son fils Ahouna qui fuyant des problèmes domestiques, parcourt monts et vallées, champs et cellules avant de finir crucifier au feu, O-B. Quenum nous prévient comme le ferait un grand coach du développement personnel (il fut enseignant de lettres au début de sa carrière) que l’existence n’est pas que rose. La vie est un combat qu’il faut mener jusqu’au dernier souffle qui sonnera immanquablement la fin de toute respiration. En conséquence, il revient à chacun de bien rythmer son existence pour l’en donner un sens positif.

Olympe Bhêly – Quenum, grand patriarche des lettres béninoises peut être fier de son parcours et de l’ensemble de ses œuvres. Tel dans le marbre, son nom est gravé dans les mémoires des bibliophiles. Et comme son personnage Bakari qui s’écrie à son rejeton : « va, ta place n’est pas ici », j’ose répondre par écrit et en effet boomerang à Pépé Quenum : 

« va, tout est accompli »

Même si à 94 ans, il semble éternellement jeune avec nous et dans sa tête.

Par Richard ADODJEVO, BENINLIVRES, avril 2020

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