Témoignage: Quand on aime de Dominique Titus lu par Adrien Aïonsi

Témoignage: Quand on aime de  Dominique Titus lu par Adrien Aïonsi

Témoignage. Pour Alfred MUSSET « L’enfant à qui l’on a donné le goût de la lecture est un enfant sauvé ». Je crois qu’on rendra davantage service à nos enfants en leur offrant des livres comme ceux du père du roman policier au Bénin, Dominique Titus.   Dans ce témoignage – analyse, je partage avec vous ma lecture de  son recueil  éponyme  Quand on aime.

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Le livre comporte cinq nouvelles, cinq enquêtes, les unes aussi passionnantes que les autres. L’auteur y a multiplié goulument des images exceptionnelles.   En effet, dans un style minutieusement travaillé, un style bien élégamment élaboré et bien équipé de ressources linguistiques, Dominique Titus a rendu publiques  certaines tares de la  société  africaine au lendemain des indépendances.  Même si le polar reste moins connu du public littéraire, les crimes dénoncés dans ce recueil  dont la plupart des enquêtes ont été écrites dans les années 70, sont encore d’actualité. La particularité de l’auteur est le choix du personnage  El Adj Mamadou Sèssè  alias Commissaire Tonnerre.  Il  est équilibré, méthodique et scientifiquement précis.

Dans la première nouvelle, j’ai vécu une métamorphose. En parcourant les premières pages, elles m’ont fait trembler jusqu’au point où la chaise qui supportait mes fesses s’était enfoncée dans le sol. Il faut reconnaître qu’il y a une forte fréquence d’images à partir desquelles j’assimile respectivement les personnages Cokou  Ibrahim et son ami Marouf à la Mort et à la Vie.  A titre illustre, je retiens ce qui suit : « dimensions démesurées, un fantôme, un sourire sadique, affreux, satanique, une langue gourmande, un glouton, un monstre, un monstre sinistre, un fléau… ». C’est le champ lexical du fantastique. La cruauté de Cokou  comme la plupart des hommes d’affaires est relative à la condition cynique avec laquelle la dette de Marouf sera annulée : « Si avec moi, elle se montre gentille, gentille comme une agnelle. Et tendre, tendre comme… ».  Hélas, une réplique énergique de Marouf à la taille de l’agression : «  Fati, ma femme ne mange pas de ce pain-là. ».  Et pourtant.

Au terme des enquêtes, le Commissaire Mamadou Sèssè démasque la coupable :  Fati, la femme de Marouf. La vengeance de Fati abîmée et souillée. Cokou Ibrahim refuse d’honorer ses promesses vis-à-vis de Marouf après avoir baisé son épouse. Ils sont tous coupables, c’est un acte d’immoralité. Ils sont tous pervers. La perversité est un vice qui déchire le tissu communautaire. J’estime que l’éducation doit être prise au sérieux pour préserver la Communauté. Faire acquérir aux enfants de très bonne éducation ancrée sur les valeurs socioculturelles, c’est contribuer au rayonnement de la plénitude du sens premier de l’amour contrairement à son aspect charnel qui détruit les valeurs sociales. Ces dernières ont été mises à l’épreuve dans la deuxième nouvelle : Une fille volage.

Simone, la pute sérieuse, avec sa beauté a mystérieusement affaibli des hommes. Propriétaire de nombreux biens mal acquis, elle opte pour un simulacre de mariage avec Thomas Gbodja. Déçu, Laurent Monto, le redoutable amant de Simone, en commun accord avec Gaston  le domestique de Thomas   fait échouer ce mariage. Grâce au professionnalisme du Commissaire Mamadou et ses collaborateurs, les enquêtes ont permis de faire la vérité autour de l’élimination de Thomas Gbodja. Le rival Laurent Monto a réussi son règlement de compte. Encore la femme avec son charme. Une fille de 23 ans. Simone croqueuse des hommes. Un escroc qui escroque et qui  croque.  Une « ogre » escroquant et croquant tout et tout partout. Quand c’est une fille de 23 ans qui est spécialiste de l’escroquerie, de la fourberie, devons-nous étonner de l’état piteux de la gouvernance dans le monde ? C’est le lit à l’escroquerie, la fourberie, la trahison.

Des contre-valeurs  ont eu d’emprise sur les parents de Jeanne: Légèreté Coupable.

A la légèreté coupable j’ajoute l’irresponsabilité malsaine des parents dans l’élimination barbare de leur fille : Jeanne. La dextérité du responsable des enquêteurs est une fois de plus inédite. Mamadou Sèssè n’a épargné aucun indice dans l’identification du coupable. Remarquons l’exploit du Commissaire  Commissaire Tonnerre à rapprocher le cadre, l’atmosphère avec les suspects pour dénicher l’assassin de Jeanne : « 18 ans, Lycéenne, enceinte de quatre mois au moins, morte assassinée… ». Hélas ! Hélas ! Hélas ! La mort de cette fille (une fille sauvagement, sadiquement, sournoisement tuée) est une perte douloureuse pour sa famille et son pays.  Aussi double crime a commis l’assassin : la lycéenne tuée pour avoir refusé d’interrompre volontairement une grossesse dont l’auteur se révèle être l’assassin, un délinquant hébergé.

 Dans les dernières nouvelles, la présence des crimes est forte.  C’est une communauté dépourvue de son essence qu’a représenté Dominique Titus dans le recueil. Il a su fabriquer  un personnage spécialiste de la criminologie. El adj Mamadou Sèssè n’a pas manqué sortir de l’ombre tous les criminels du recueil. Ce responsable intelligent, méthodique et bien averti existe-t-il dans nos sociétés contemporaines ?

© BENINLIVRES, août 2020