Vodou: Vives discussions entre Olympe B. Quenum et son oncle Maximilien P. Berry

Vodou: Vives discussions  entre Olympe B. Quenum et son oncle Maximilien P.  Berry
Bénin, GrandPopo, janvier 2020. Divinité Atchinan est une divinité de sagesse qui protège. Les adeptes doivent avoir un coeur pur sous peine de devenir fou. Cette divinité se manifeste rarement.

Dans le numéro 6 de « Les Entretiens d’Olympe Bhêly Quenum, nous vous proposons un extrait du débat contradictoire entre l’Auteur de Un piège sans fin et son oncle Maximilien Possy Berry Quenum, au sujet du Vodou.

Lisez

Malgré les diverses biographies que j’ai lues, je n’ai pas trouvé s’il y avait un rapport entre vous et Maximilien Quenum.

La suite après la pub

Maximilien Quenum, plus exactement Maximilien Possy Berry Quenum (Kpossy Gbhêly Quenum) était mon oncle, un des nombreux frères de mon père qui était l’aîné des enfants de Daagbo Kpossy Gbhêly Houenou (dit Quenum ; le nom, malgré nous, a été francisé par les Blancs, au début de la colonisation.)

Dans son ouvrage Vaudou, Sorciers, Empoisonneurs; de Saint Domingue à Haïti, Ed. Karthala, 1987…

Rien que ça ? Poncif incurablement idiot !

… Pierre Pluchon, citant Au pays des Fons. Us et Coutumes du Dahomey, Paris, 1936, écrit: « Bref, comme le dénonce le Dahoméen Maximilien Quenum, le sectateur du vaudou vit dans un « perpétuel cauchemar », et « ses prières ne sont qu’une jérémiade, une suite continue de lamentations et de tourmentueuses supplications » ». Etes vous d’accord avec ces affirmations?

Ma riposte, dès que vous avez eu prononcé les mots Sorciers, Empoisonneurs, a dû vous laisser deviner la suite de ma réponse. Les affirmations de feu mon oncle étaient fondées moins sur des erreurs d’appréciation que sur un parti-pris dogmatique. Maximilien avait été un brillant séminariste au séminaire Saint Gall, à Ouidah (Bénin). Il devrait être ordonné prêtre dans son pays ; des raisons de santé l’ont fait envoyer en France pour y être soigné ; il en a profité, poursuivi ses études en s’orientant vers la philosophie et l’ethnologie ; un des résultats en fut Au Pays des Fons, ouvrage remarquable qui lui vaudrait d’être Lauréat de l’Académie française ; des générations de chercheurs l’ont copieusement pillé ; (je rappelle, entre parenthèses, que j’ai rendu compte de la réédition de ce livre dans un article paru dans Le Monde diplomatique.)

Pour des motifs que j’étais trop jeune pour comprendre, mais que mon père ainsi que mon oncle Faustin, frère germain de Maximilien, m’ont plus tard expliqués, le séminariste voulait être ordonné prêtre en France ; ses supérieurs hiérarchiques au Dahomey s’y étaient opposés, subodorant dans sa décision des arrière-pensées politiques ; nous étions au cœur du colonialisme ; qu’un Africain, précisément un Dahméen, de surcroît Quenum, une famille qui tenait tête aux Blancs arrogants et insolents se fasse ordonner prêtre en France était inconcevable parce que, à son retour au pays, il deviendrait un problème, véritable nœud gordien pour la hiérarchie.
Comme c’est fréquent dans notre famille dans ce cas de figure, la riposte de la vieille aristocratie s’est vite manifestée ; nous sommes des gens qui ne laissons intact quiconque nous a offensés ; Maximilien a regimbé en renonçant sa volonté primordiale d’être prêtre. Amoureux plus tard d’une Dauphinoise, il s’est marié ; mais son éducation chrétienne de séminariste marqué par le dénigrement des cultes, notamment de la culture vodou, était inaltérable ; une des conséquences en était les propos qu’il tenait, le vocabulaire auquel il recourait quand il parlait du Vodou. Les sommets que lui avait fait atteindre son acculturation, qui lui faisait méconnaître certaines spécificités de son pays me peinaient d’autant plus qu’il était, non seulement mon oncle, mais aussi un homme remarquablement intelligent, un intellectuel et un dialecticien éblouissant. Des années d’entretiens m’ont permis d’éclairer sa lanterne ; nos discussions, intelligentes, étaient imprégnées de courtoisie, mais aussi d’une fermeté exemplaire; je me souviens d’avoir contesté mon oncle en déclarant :


« Non, Tonton : raisonnablement, loyalement, tu ne peux pas t’exprimer ainsi, sachant parfaitement que ton père, mon grand-père, était un initié de très haut rang ; tu ne peux pas…tu ne dois pas dire ça. Tu ne connais rien du milieu dont tu parles ; moi, j’y suis né et y ai appris plus que quiconque en tant que sociologue, mais aussi en tant qu’anthropologue qui effectue des recherches sur le fonctionnement des rituels vodou. Tu es philosophe ; essentiellement un philosophe catholique qui éprouve de la gêne à admettre certaines réalités culturelles et cultuelles de son pays.


-« On ne saurait exclure de ton raisonnement passionné le fait que ta mère est une grande prêtresse vodou, avait- il rétorqué.
-« Non ; tu ne réussiras pas ainsi à me déstabiliser ; tu connais ma mère, ton aînée de trois ou quatre ans ; j’ai su que tu avais pleuré quand le Vodou l’avait chevauchée ; elle avait dix ans…
-« C’est vrai. »
Grâce à nos entretiens échelonnés sur dix ans, Maximilien avait finalement reconnu la véracité de certains faits de même que, selon ses propres termes « le lumineux que la raison discursive n’appréhende pas. »

Source : Olympe Bhêly Quenum